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mardi 7 juillet 2015

Référendum Grec du 05/07/2015 : 5 question et 5 réponses.


          Sur sa page Facebook et dans son blog, le philosophe et artiste aux talents multiples Yannis Youlountas répond aux principales questions qui lui sont posées depuis l'annonce des résultats du référendum grec. C'est avec son accord que nous reproduisons ici son texte. Il prépare actuellement un film dont vous trouverez le site web en cliquant ici ,


          1 - L'ABSTENTION A-T-ELLE VRAIMENT ÉTÉ MASSIVE ? Des médias ont parlé de 50%, est-ce vrai ?

     C'EST FAUX. L'abstention n'est que de 32%. De plus, il faut savoir qu'en raison du délai très bref entre l'annonce du référendum et sa tenue (9 jours), des centaines de milliers de Grecs n'ont pas pu utiliser les formulaires de procurations (il faut s'y prendre plusieurs semaines à l'avance). On estime à plus d'un tiers la proportion des abstentionnistes qui n'ont pas pu se déplacer à leur bureau de vote souvent situé dans leur village d'origine. C'est le cas de beaucoup d'ami-e-s dans mon entourage, notamment Vangelis (cf. Ne vivons plus comme des esclaves) qui aurait voté s'il avait pu se déplacer à 7 heures de route pour le faire (je reviendrai ultérieurement sur la participation des libertaires au référendum). Autrement dit, après le décompte de cette "abstention subie" à cause des circonstances exceptionnelles du référendum, "l'abstention choisie" n'est que de 20% environ, ce qui est très faible pour la Grèce.


          2 - LA TROÏKA A-T-ELLE OBTENU LA TÊTE DE VAROUFAKIS ?

     C'EST FAUX. C'est plus une affaire de personnes et de stratégie, interne au gouvernement grec. La rumeur de sa démission circulait depuis mardi à Athènes. Et les premières tensions étaient apparues, il y a quelques semaines déjà, concernant sa participation aux négociations (et c'est déjà Euclide Tsakalotos qui l'avait remplacé à deux reprises, souvenez-vous). Varoufakis est un personnage qui ne laisse pas indifférent. Adulé par certains, détesté par d'autres. En Grèce, il a toujours eu de nombreux ennemis qui n'ont pas manqué de le caricaturer, parfois violemment. Beaucoup de jalousies aussi. Avec un caractère très différent et un esprit parait-il plus collectif, Euclide Tsakolotos sera plus calme et discret pour mener à bien les projets en préparation.

     Ces derniers mois, Euclide s'occupait déjà de la politique économique extérieure, mais au ministère des Affaires étrangères. Vous me suivez ? Oui, c'est lui qui a noué des liens avec d'autres partenaires économiques potentiels, en Amérique Latine et parmi les BRICS. Et c'est aussi un économiste très critique à l'égard de l'euro.

     Autrement dit, la troïka et l'Eurogroupe n'ont pas du tout gagné au change.


          3 - Y A-T-IL EU DES ÉMEUTES HIER SOIR À EXARCHEIA ?

     C'EST FAUX. Dimanche 5 juillet 2015, à 22h. La soirée électorale est interrompue. Les chaînes de télé grecques détournent l’attention du décompte final (beaucoup plus haut que les estimations annoncées par les sondeurs) en annonçant de « terribles émeutes à Exarcheia », près de l’Ecole Polytechnique.

     22h15. J’arrive sur place. Il n’y a que 35 personnes (cf. ma photo, prise côté place Exarcheia), principalement des jeunes, qui brûlent quelques poubelles. Absolument rien à voir avec les émeutes habituelles à Exarcheia, par exemple chaque 6 décembre (400 à 2000 émeutiers).

     Encore de la pure désinformation avec un but simple et précis : gâcher la fête et détourner l’attention.


          4 - LES LIBERTAIRES SE SONT-ILS ABSTENUS ?

     C'EST FAUX. La plupart des collectifs libertaires, communistes-libertaires, anti-autoritaires et anarchosyndicalistes en Grèce ont choisit de voter NON, soit de façon implicite (antiautoritaires d'AK, libertaires du K-VOX, etc.), soit de façon explicite (anarchosyndicalistes de Rosinante, antifascistes et communistes-libertaires d'Orma, etc.). Rares sont les anarchistes qui ont choisit d'appeler à l'abstention.

     Les trois motifs principaux sont les suivants :

1 - un référendum n'est pas une élection ;

2 - répondre NON à la question posée ne signifie pas dire OUI à quoi que ce soit d'autre, puisqu'il n'y a pas de proposition alternative dans l'énoncé ;

3 - le contexte actuel est une excellente occasion de troubler et faire évoluer l'imaginaire social, notamment tirer de la torpeur et de la peur des millions de résignés. Ensuite, à chacun de lutter à sa façon au quotidien et de viser plus ou moins radicalement vers l'utopie. L'un n'empêche pas l'autre.

     Les murs d’Exarcheia sont tapissés partout de OXI. Et il n'y a pas une seule affiche pour le NAI. C'est sans équivalent dans Athènes (cf. photo).

     Plusieurs tractages pour le OXI ont eu lieu sur la place Exarcheia. Sans le moindre problème (cf. photo).

     La plupart des personnages de "Ne vivons plus comme des esclaves" résidant à Exarcheia ont voté NON. Pour trois d'entre eux, c'était la première fois qu'ils votaient. Pour deux autres, ils avaient voté pour la première fois le 25 janvier dernier. Au moins deux n'ont pas pu voter à cause de l'impossibilité de faire une procuration dans les délais (dont Vangelis).

     EXARCHEIA A VOTÉ NON À 82% (participation 61%, oui 18%, non 82%).

     Par comparaison, plus des deux-tiers des sympathisants du KKE (second parti communiste, celui qui n'a pas rejoint Syriza) se sont abstenus. Autrement dit, LES LIBERTAIRES ONT PLUS VOTÉ QUE LE KKE !


          5 - TSIPRAS N'EST-IL PAS UN PEU NATIONALISTE ? (entendu à la radio et à la télé)

     C'EST FAUXSi Alexis Tsipras a choisi de gouverner avec le petit parti souverainiste des Grecs indépendants, aussi appelé ANEL (qui n'a rien à avoir avec Aube dorée), c'est :

     1 - par défaut, car le KKE ne voulait pas gouverner avec Syriza (de longue date), Antarsya n'avait pas atteint les 3% (nécessaires pour être présent au parlement) et le Potami était clairement pour les mémorandums austéritaires (dirigé par un ancien animateur télé).

   2 - par nécessité, car il manquait deux voix au parlement pour atteindre le pouvoir, sans quoi il fallait revoter, ce qui pouvait s'avérer risqué.

     3 - sans alliance électorale préalable, mais uniquement par la suite, face au dilemme de prendre ou de laisser cette opportunité historique du 25 janvier.

Dans sa jeunesse, Alexis Tsipras a participé à des collectifs altermondialistes (présence à Gênes en 2001, avec une queue de cheval à l'époque et des idées fortement universalistes) et antifascistes (Tsipras a souvent rappelé la devise : "on ne discute pas avec l'extrême-droite, on la combat").

     Aujourd'hui même, à 11h00, par exemple, Tsipras a convoqué les dirigeants des principaux partis politiques du pays. Même le perfide Samaras est venu, malgré sa manipulation du scrutin qui devrait occasionner des suites. Par contre, Tsipras a fermement refusé la présence de Michaloliakos, le chef d'Aube dorée, et ce, malgré son appel à voter NON.

     Pour finir, le projet politique de Tsipras n'est en rien nationaliste, car ce n'est pas l'Europe qu'il rejette (il ne cesse de le dire), mais ses dirigeants et sa politique actuels, ce qui est logique pour une "vraie gauche". Tsipras se revendique clairement internationaliste et tisse actuellement des liens avec des projets similaires en Amérique Latine, par exemple.

     Bref, TSIPRAS N'A RIEN D'UN NATIONALISTE. Il déteste Le Pen et a déjà répondu vivement aux tentatives de récupération dont il a été l'objet. Tsipras n'a d'ailleurs jamais rencontré Marine Le Pen, ni aucun des petits chefs de partis confus qui naviguent en eaux troubles autour du FN et qui se prévalent eux aussi de Tsipras. Il ne croit pas une seule seconde au tirage au sort, ni à la fermeture totale des frontières. Il l'a déjà dit à plusieurs reprises également, notamment lors d'une émission le premier mai. Il se revendique de la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et l'homophobie (un projet de loi est en cours).

     Il est, en outre, le premier chef du gouvernement de l'Histoire de la Grèce à avoir refusé de prêter serment sur la Bible, malgré un grande majorité de chrétiens orthodoxes parmi les Grecs.

     Personnellement, je ne suis pas d'accord avec tout ce que dit et fait Tsipras, évidemment, mais l'accuser de nationalisme ou essayer de le récupérer à ce niveau, c'est tout simplement comique ! Si vous en croisez, ici ou là, dites aux hyènes et autres professionnels de la récup' d'aller chercher ailleurs ou postez-leur cette contre-information en guise de démenti.



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