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lundi 22 décembre 2014

Haguenau : 900 ans d'histoire et... quelques trous de mémoire.

     Une BD rapportant l'histoire d'Haguenau et publiée à l'occasion du 900ème anniversaire de la ville, comme dit "mon" libraire avec son habituel laconisme et pour le coup un regard entendu : "C'est bien.". Alors je l'ai achetée, lue,  aimée, désaimée, relue, désaimée, raimée, rerelue, raimée, désaimée, rererelue, désaimée, raimée... Les histoires d'amour... pour le moins, c'est compliqué !
 
 
     Alors, déjà : bravo et merci Dany Muller et Thierry Eberlé ! Rendre hommage à Frédéric Barberousse en lui conférant une certaine immortalité contribue à inscrire dans la mémoire du lecteur le lien essentiel entre la ville et le Saint Empire Romain Germanique. L'Alsace n'est devenue française qu'à partir de 1648 et Haguenau en a payé le prix fort en se faisant incendier à deux reprises en 1677 sur ordre du roi autoproclamé Soleil, puis en 1687 comme le rapporte la BD. Sans ce saccage, d'après les historiens Haguenau ressemblerait à Colmar. Merci messieurs Louis-Dieudonné de FranceFrançois Michel Le Tellier marquis de Louvois  Henri II de la Tour d'Auvergne vicomte de Turenne et commandant La Brosse ! Frédéric Barberousse peut à juste titre pleurer non seulement sur sa ville mais sur le "génocide culturel" dont l'Alsace fera l'objet au fil des siècles. En mettant trop en avant le va-et-vient franco allemand (1697-1871 ; 1871-1919 ; 1919-1940 ; 1940-1945) on en oublie si facilement que les racines de notre région sont germaniques et il n'est actuellement pas politiquement correct de le souligner car à ce propos certains régionalistes bornés sont autant prêts à en découdre que certains républicains franchouillards ! Haguenau, et l'Alsace plus largement, peuvent être vues comme autant de ponts vers une Europe humaniste tirant sa force de ses racines entremêlées. Entretenir la mémoire de ses origines et de sa culture doit inciter au respect et à l'accueil des autres cultures. Le communautarisme et le globalisme procèdent tous deux de logiques d'effacement de la mémoire et de l'identité culturelle, l'un les érigeant en dogmes et l'autre les rabaissant en tares.
 
     Bizarrement, la Bundschuhkrieg est passée sous silence, comme d'ailleurs sur le site de la ville mais par contre elle n'est pas oubliée sur celui d'une commune voisine. Des rustauds qui en 1525 se révoltent contre les taxes c'est pourtant pas si banal ; heureusement qu'Engels y a consacré un livre en 1850 ! A l'heure où des bonnets rouges de tous crins tentent avec un chausse-pied de s'inscrire dans un fil historique, quelques bulles consacrées à la Guerre de Paysans en Alsace n'aurait pas été superflues... D'un point de vue graphique, le dessin donne envie de poursuivre la lecture et le scénario imaginé par les auteurs suscite la curiosité jusqu'au bout. Le yoyo des passages de la ville du catholicisme au protestantisme sur toile de fond de Guerre de Trente Ans  est bien trouvé. Le découpage de la ville  en quartiers bleu, blanc, rouge et jaune en 1789 fait bizarrement penser à Berlin avant la chute du mur. La volonté au milieu du 19ème siècle de donner à Haguenau une vocation agricole et de repousser l'industrie vers d'autres communes comme par exemple Bischwiller laisse songeur quand on sait qu'il a fallu attende un siècle pour reprendre le train en marche. Si la Guerre de 1870-71 fut courte, elle ne dura cependant pas Six Jours, alors j'aurais aimé qu'elle fut mieux traité que par quelques images de désespérés vêtus d'uniformes bicolores et de triomphants portants des casques à pointes. La Guerre de 1914-18, pourtant plus longue, n'est pas plus abondamment traitée. Exit les Soviets de 1918 alors qu'Haguenau eut le sien le 09 Novembre, par contre, les manifestation de 1924 contre les lois de laïcité du président Herriot sont mise en exergue. L'annexion de 1940 et le poison du nazisme sont développés de manière très parlante et le récit de la libération de la ville de novembre 1944 à mars 1945 témoigne bien de l'horreur des guerres, fussent-elles de libération. Petite anecdote, destinée sans doute à redonner le moral au lecteur, c'est là qu'on apprend l'existence d'autres bulles produites à Haguenau jusqu'en 1918. Bulles qui ont de très loin à voir avec la bière et dont la présence ici est des plus surprenantes... La ville de la seconde moitié du 20ème siècle et du début du 21ème est vue sous l'angle des grandes réalisations et des grands événements. Ainsi les hommages direct à Sébastien Loeb  par le Rallye d'Alsace et indirect à Claude Sturni à travers l'Agenda 21 apparaissent comme des incontournables...
 
     Ceci dit, il existe une autre publication, sortie également le mois dernier, que je vais m'empresser de me procurer et de déguster car la BD m'a vraiment donné faim ! 900 ans d'histoire, ça se fête et beaucoup d'entre nous ne seront plus de ce monde pour arroser le millénaire ; alors ne manquons pas de saluer cette initiative mettant en avant le 4ème ville d'Alsace et de participer aux événements programmés en 2015. Le retour sur notre histoire et le travail de mémoire doivent nous rapprocher en faisant triompher la culture et l'ouverture d'esprit sur l'obscurantisme et le repli communautariste.
 
Jn-Mc
  
 

 

Sources Illustrations :
http://www.bedetheque.com/media/Couvertures/Couv_232001.JPG
http://shahaguenau.org/i/2506/livre2014-3.jpg

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